Paris, 2026. Dix ans après la première faille. Ce que n'importe qui sait en lisant le journal, et ce qu'un chasseur licencié sait en plus. Aucune règle dans ces pages : c'est le monde, pas le jeu.
Le guide du chasseur — les règles. Créer son personnage, les compétences, le combat, les armes, la progression, le lexique et le récapitulatif complet. À consulter, jamais à lire d'une traite.
Le guide du monde — le pays. Les portails, l'Envers, l'Éveil, le métier, la géopolitique, l'argent, les rangs, la foi. Aucune règle : ça se lit une fois, dans l'ordre, même sans connaître Donjons & Dragons.
Les médias — ce que le monde a lu. Sept articles de presse, de 2016 à aujourd'hui, écrits comme la presse les aurait écrits. C'est par là qu'on entre le plus vite dans ce monde.
Vous êtes sur le guide du monde. Les mots que vous ne connaissez pas sont définis dans le lexique, à la fin du guide du chasseur.
Le monde n'a pas basculé dans la fantasy. Il l'a intégrée à son économie, et il en vit.
Depuis dix ans, des failles de lumière bleue s'ouvrent un peu partout : dans un parking, sous une station de métro, sur le parvis d'une cathédrale. Derrière chacune, un territoire qui n'existe sur aucune carte, tenu par une créature. Si personne ne va la tuer, elle finit par sortir — et elle ne sort jamais seule.
En même temps que les portails, des gens se sont réveillés changés. On les appelle les Éveillés. Certains ont seulement gagné du mana ; d'autres ont carrément changé de corps — et la proportion de ces derniers monte, lentement, chaque année. C'est pour ça qu'il y a aujourd'hui des nains, des elfes et des demi-orcs qui prennent le métro, et qui ont des photos d'eux avant.
Les chasser est devenu un métier. Réglementé, classé de F à S, avec une licence, une agence d'État, des guildes qui font la une des journaux, et des pierres de mana qui alimentent 11 % de l'électricité européenne.
| Date | Ce qui s'est passé |
|---|---|
| Nov. 2016 | Une déchirure bleue au-dessus d'un carrefour de Séoul. Quarante-deux morts. En six semaines, le phénomène est observé sur les cinq continents. |
| 2016–2018 | Les portails s'ouvrent sans aucune logique géographique. Des humains changent : les Éveillés. Près d'un sur deux change aussi de forme. |
| 2017 | Deux alertes sanitaires liées au dégel du permafrost sibérien. Aucun lien établi avec les portails — mais l'opinion fait le rapprochement, et ne le défera jamais. |
| 2018 | Création à Genève de l'Association Internationale des Chasseurs (AIC). Première décision, toujours en vigueur : une échelle de rangs unique pour la planète, de F à S. |
| 2019–2020 | Les agences nationales. En France, l'ANP — Agence Nationale des Portails. La chasse devient un métier réglementé. |
| 2021 | Rupture de Saint-Denis : 380 morts. Le même mois, une Rupture rang B rase un district de Manille : 9 000 morts. |
| 2022 | Première centrale à mana en Corée du Sud. Les portails deviennent une ressource. |
| 2024 | Le pic d'investissement dans le renouvelable est passé depuis trois ans. Les capitaux sont allés vers le mana. |
| Aujourd'hui | Environ 2 400 portails par mois dans le monde. Une centaine en France. |
C'est la chose la plus mal comprise du monde de 2026, et elle mérite d'être dite en clair.
Le mana produit de l'électricité, et rien d'autre. Il ne remplace aucun carburant liquide : ni le transport routier, ni l'aviation, ni le maritime, ni la moitié de l'industrie lourde. Onze points d'électricité européenne en dix ans, c'est réel, c'est énorme — et il en reste quatre-vingt-neuf, encore majoritairement fossiles.
Et il a coûté plus qu'il n'a rapporté, d'une façon que personne n'avait prévue. Dès 2021, chaque gouvernement a pu dire qu'une solution nouvelle, propre et illimitée montait en puissance, et qu'il suffisait d'attendre. Les investissements dans le renouvelable ont ralenti. Pourquoi financer un parc éolien quand une pierre tient dans un mètre cube ?
Résultat : une décarbonation partielle, une transition arrêtée, et un carburant devenu cher sans que la demande baisse. Le pire des deux mondes. C'est un des grands sujets de dispute publique, et il n'y a pas de camp évident.
D'où vient le mana ? La théorie la plus répandue, enseignée dans les universités et reprise partout, est l'hypothèse du dégel : la fonte des grands glaciers et de la calotte aurait libéré dans l'atmosphère quelque chose qui y était enfermé depuis très longtemps.
Elle a beaucoup pour elle. La chronologie colle à peu près. Les deux alertes sanitaires de 2017 ont montré que le permafrost libère effectivement des choses anciennes. Et les carottes glaciaires présentent, aux profondeurs correspondantes, une anomalie que personne n'explique.
Elle n'est pas prouvée, et elle a ses contradicteurs — qui font remarquer que la fonte a commencé bien avant 2016 et que rien ne dit pourquoi ce serait cette année-là. Une minorité soutient même l'inverse : que c'est le mana qui réchauffe, et non le réchauffement qui l'a libéré.
Personne n'a tranché. Ce qui est sûr, c'est que tout le monde cherche une cause naturelle, et que personne ne cherche d'intention derrière.
Aucun conflit ouvert entre deux puissances dotées de portails depuis 2019. Ce n'est pas de la vertu, c'est de l'arithmétique — et ce qui a remplacé la guerre est au § 06, Géopolitique.
| Chiffre | Ce qu'il dit |
|---|---|
| 11 % / 31 % | Électricité issue du mana en Europe / en Corée du Sud. En 2016 : zéro. |
| − 1/3 | La production électrique au gaz en Europe. Le mana a pris la base thermique — mais le gaz garde le chauffage et l'industrie, que le mana ne touche pas. |
| − 10 % | La demande totale de gaz. Beaucoup moins spectaculaire que la ligne au-dessus, et c'est la seule qui compte. Son prix, lui, n'a jamais durablement baissé : il dépend d'Ormuz et de la Chine, pas des portails. |
| + 35 % | Prix du baril. Rien à voir avec le mana : quatre États pétro-gaziers ont fait défaut : leurs réserves ne valaient plus rien à trente ans, leurs créanciers ont fermé le robinet, leur production a décroché. Le carburant est un poste de dépense pour un chasseur. |
| 2,1 millions | Éveillés dans le monde, soit 0,03 % de l'humanité. Un tiers gagne moins que le salaire médian de son pays. |
| 1 pour 80 | Guérisseurs par chasseur. La pénurie la plus rentable du monde. |
| 0 | Assureur privé couvrant une ville contre une Rupture. Les États le sont devenus sans l'avoir voté. |
Une économie mondiale s'est construite sur l'ouverture régulière des portails. Personne, au fond, ne souhaite que ça s'arrête.
Une surface de lumière bleue, immobile, de deux à dix mètres. Le plus souvent un disque ou un ovale posé à quelques dizaines de centimètres du sol ; parfois une fente verticale, parfois une nappe couchée à ras de terre. La forme dépend du lieu, de la roche, de l'heure — l'ANP a renoncé à en faire une règle. Ce qui ne varie jamais : elle est silencieuse, elle ne projette aucune ombre, et derrière, on ne tombe pas dans un Emprise. On tombe dans le territoire d'une créature.
Tuer le Maître dissout l'Emprise et éteint la Pierre-cœur ; la faille se referme dans les 1d6 minutes qui suivent.
Une Emprise n'est jamais un décor tiré au hasard : elle emprunte la forme du lieu où la faille s'est ouverte. Pas une copie — une lecture.
Ce n'est pas un monde à l'envers. Tout y est posé à l'endroit, à sa place, à la bonne échelle. Ce qui change, c'est l'état : il fait plus sombre, l'air est plus lourd, la lumière vient d'on ne sait où. Le béton est rongé, le métal a rouillé pendant des siècles, les plastiques ont pâli, la végétation a pris ce qu'elle pouvait. Une rame de métro est toujours sur ses rails — simplement, elle est là depuis très longtemps, et ce qui vit dedans n'est pas nous.
Et l'échelle est fausse d'un cran. C'est le détail qui met le plus longtemps à se voir, et qui dérange le plus une fois vu : la rampe est trop pentue, la hauteur sous plafond est fausse d'un mètre, les marches de l'escalier de secours sont espacées de quarante centimètres, les seuils de porte sont trop hauts. Rien n'est fantastique. Tout est bâti pour quelqu'un d'autre.
Et pourtant le reflet est toujours plus ancien et mieux bâti que l'original. Les chasseurs ne disent pas « c'était détruit », ils disent « c'était mieux fait ». Personne ne sait pourquoi, et c'est le sujet de conversation numéro un dans le métier.
Et derrière toutes les Emprises, il y a un seul et même monde. C'est le § 03, l'Envers.
Passé le seuil, aucun courant électrique ne se maintient et aucune onde radio ne se propage. Les charges ne circulent plus : une pile ne débite pas, un circuit ne conduit pas, une antenne ne rayonne rien. Les écrans restent noirs, les radios sont muettes, le wifi et le GPS n'existent pas, et l'analogique est brouillé exactement comme le numérique. C'est comme si l'énergie électrique avait été remplacée par autre chose — et cette autre chose, c'est le mana.
La lumière, la chaleur et la chimie, elles, ne sont pas touchées — sinon on n'y verrait rien et on ne respirerait pas. Ce qui tombe, c'est le courant et l'onde, rien d'autre.
Le mécanique, lui, marche. Ressorts, percussion, chimie, combustion. Une arme à feu tire normalement : la poudre n'a besoin d'aucun courant, le percuteur est un ressort. Un bâton chimique éclaire. Une lampe à pile, non. Un drone décolle du seuil, avance de vingt mètres et tombe.
Les moteurs, ça dépend de l'allumage. Un diesel tourne : il s'allume par compression, sans la moindre étincelle — mais son alternateur ne produira rien. Un moteur à essence, lui, s'allume par magnéto, donc par induction : il ne démarre pas. C'est pour ça qu'une tronçonneuse de jardinerie est un morceau de ferraille de l'autre côté, et qu'une tronçonneuse de chasse — allumage remplacé par une pierre de mana — coûte trois fois le prix.
Conséquence, et elle est énorme : il n'existe aucun enregistrement de l'intérieur d'un portail. Pas une vidéo, pas un son, pas un direct, pas une donnée de capteur. Dix ans d'exploration et zéro image en mouvement. Tout ce qu'on sait de l'autre côté tient dans des témoignages, des rapports écrits après coup, des croquis au crayon et des carnets de terrain.
Quelques photographies argentiques circulent — un boîtier mécanique, un déclencheur à ressort, ça fonctionne. Personne ne sait dire si elles sont authentiques ou fabriquées. C'est un débat public permanent, et il est insoluble : à l'époque où une machine produit n'importe quelle image en dix secondes, une photo sans métadonnées ne prouve plus rien.
C'est la précision qui manquait, et elle explique tout le matériel du métier.
Une pierre de mana libère son énergie sous forme de chaleur, de lumière et d'étincelle. Elle allume, elle chauffe, elle éclaire. Elle n'établit aucun courant, ne charge rien, n'entraîne aucun moteur électrique et n'alimente aucune électronique.
| Ce qu'on voudrait faire | Verdict | Pourquoi |
|---|---|---|
| Tronçonneuse à allumage mana | Oui | La pierre fait l'étincelle, la combustion fait le reste. |
| Lampe à manchon, réchaud, chaufferette | Oui | Lumière et chaleur : exactement ce qu'elle sait faire. |
| Caméra argentique | Oui | Mécanique de bout en bout. |
| Moto diesel | Oui, et inutile | Elle roule. Mais l'Emprise replie l'espace (P9, On ne cherche pas un Maître) : rouler ne raccourcit rien. |
| Lampe torche, radio, drone, capteur, montre à quartz | Non | Circuit. |
| Batterie de mana, groupe électrogène | Non | Idem — et c'est le Graal de trois laboratoires nationaux. |
| Perceuse, treuil, disqueuse électrique | Non | Moteur électrique. |
Alors comment font les centrales ? Une centrale à mana est une centrale thermique, exactement comme une centrale au charbon ou nucléaire. La pierre chauffe un circuit d'eau sous pression, la vapeur entraîne une turbine, la turbine entraîne un alternateur. La pierre ne fait que la première étape ; tout le reste est de la mécanique du XIXe siècle.
Et c'est pour ça que personne ne descend avec un groupe électrogène. Un alternateur produit du courant par induction. Dans une Emprise, la chaudière chauffe, la turbine tourne, l'arbre tourne — et il ne sort rien. On peut emporter la chaleur, jamais le courant.
Une Emprise n'est pas un lieu normal. On ne peut pas s'en éloigner : quelle que soit la direction prise, on finit toujours par revenir vers le centre, là où se trouvent la Pierre-cœur et le Maître. Impossible de sortir par les côtés, impossible de passer à côté du Maître, impossible de se perdre.
Ça marche dans les deux sens, et c'est ce qui rend le métier praticable : le chemin du retour est toujours court. On n'est jamais à des heures de la sortie, parce que la distance à l'intérieur d'une Emprise n'est pas une vraie distance.
Conséquence : un rang S ne se traverse pas plus longtemps qu'un rang F. Il est plus dense — plus de salles, plus de créatures, plus de choses qui vous tuent entre le seuil et le centre. Mais la marche, elle, se compte toujours en heures.
La dernière colonne n'est pas une distance de marche : c'est l'emprise au sol qui serait ravagée si la Rupture avait lieu. Un rang S menace une région ; il ne se traverse pas pour autant en traversant une région.
| Portail | Groupe conseillé | Butin | Délai avant la Rupture | Zone menacée par la Rupture |
|---|---|---|---|---|
| F | Niveau 1 | 1 500 – 4 000 € | 10-14 j | 200-400 m · 10 min de marche |
| E | Niveau 2-3 | 5 000 – 15 000 € | 5-8 j | ≈ 1 km · 20-40 min |
| D | Niveau 4-5 | 20 – 60 k€ | 3-5 j | 2-4 km · 2-3 h |
| C | Niveau 6-8 | 80 – 250 k€ | 2-4 j | 10-20 km · une journée |
| B | Niveau 9-12 | 0,4 – 1 M€ | 36-60 h | 50-80 km · trois jours |
| A | Niveau 13-16 | 2 – 8 M€ | 24-48 h | 150-300 km |
| S | Niveau 17-20 | 15 M€ + | 12-24 h | une région |
Ne blessez jamais un Maître pour « aller juste voir ». Un Maître descendu sous la moitié de ses points de vie et laissé vivant divise son délai par deux. C'est comme ça que des quartiers y passent.
Un portail sur mille se scelle derrière vous. La faille se referme dès que la dernière personne a franchi le seuil : plus de sortie, plus de retour possible, et la seule porte est la mort du Maître. On les appelle les Portails Rouges. Il n'y a pas de statistique fiable sur ce qu'il en advient, parce qu'il n'y a pas beaucoup de témoins.
Les capteurs ne mesurent qu'au seuil. Le rang affiché sur votre contrat est celui de la première salle.
Tuer le Maître arrête le compte à rebours, mais ça n'efface pas le portail. La Pierre-cœur est un organe du Maître : éteinte, l'Emprise n'est plus alimentée, et elle se referme lentement. Vous avez tout le temps que vous voulez à l'intérieur, et vous n'avez pas tout le temps du monde. Ce délai-là s'appelle l'Extinction, et il appartient au portail, pas à vous.
| Rang | Durée | Ce qu'on a le temps d'y faire |
|---|---|---|
| F E | 24 à 72 heures | Un relevé. L'ANP passe une fois, avec deux mallettes, souvent le lendemain. |
| D C | 1 à 2 semaines | Une mission scientifique courte, sous escorte payée. C'est un contrat régulier pour une équipe de rang C. |
| B A | 3 semaines à 2 mois | Un site clôturé, un préfabriqué, et une liste d'attente de laboratoires qui n'auront pas tous leur tour. |
| S | on ne sait pas | Deux ont été éteints depuis 2016. Aucun des deux ne s'est refermé. |
Le dernier cinquième est le seul moment dangereux. L'Emprise se rétracte vers le centre : le Reflet recule, les bords deviennent une brume qui n'en est pas une, et le retour s'allonge au lieu de raccourcir. Sur cette période, le décompte de sortie passe de 1d6 à 2d6 minutes.
Escorter des scientifiques dans un portail éteint est l'un des contrats les plus réguliers du métier, et l'un des plus mal payés : pas de prime de danger, puisqu'il n'y a officiellement plus de danger. Vous porterez des caisses, vous attendrez pendant qu'on fait des carottages, et vous serez les seuls à regarder la brume avancer.
Ce n'est pas une poche par portail. C'est un seul monde, et depuis dix ans l'humanité entière en a vu, cumulées, moins de six heures.
Deux équipes tuent leur Maître à onze minutes d'intervalle, dans deux portails distants de 600 kilomètres. Les deux Emprises tombent ensemble. Les deux équipes se retrouvent sur la même route pavée, à quelques centaines de mètres l'une de l'autre, et rentrent chacune par sa faille.
C'est le jour où le monde a compris que les portails ne sont pas des poches indépendantes, mais des portes — et que derrière, il y a un territoire continu, avec une géographie, des distances, et donc une carte.
Tant que le Maître est vivant, on ne voit jamais l'Envers : l'Emprise vous ramène toujours vers son centre (principe P9, On ne cherche pas un Maître). Puis le Maître meurt, la limite invisible disparaît, et à partir de là tout dépend d'une décision.
La faille reste ouverte. Où que vous soyez dans l'ancienne Emprise, vous retrouvez le seuil en marchant, tranquillement. Aucun décompte, aucun jet, aucune course.
Le rang du portail n'y change rien : on quitte un rang S aussi facilement qu'un rang F. C'est ce qui se passe dans la quasi-totalité des chasses.
Là, et là seulement, quelque chose change. En franchissant la limite de l'ancienne Emprise, vous mettez le pied dans le vrai Envers : celui où les distances sont réelles et où plus rien ne vous ramène nulle part.
Le MJ lance 1d6 à cette seconde. C'est le nombre de minutes avant que la faille se referme, et il faut être revenu à l'intérieur du périmètre avant la fin.
Sortir, c'est une Percée. C'est la seule façon d'apprendre quoi que ce soit sur ce monde, et c'est puni. Le terrain, lui, ne change pas quand l'Emprise se dissout : les ruines où vous êtes restent exactement là, et si vous étiez dans un bâtiment, vous y êtes toujours. Ce qui a sauté, c'est la limite invisible, pas le décor.
1d6 minutes pour revenir. Le décompte démarre à la seconde où quelqu'un franchit l'ancienne limite, et il est annoncé à voix haute, tour par tour. Aucune négociation, aucun rattrapage.
Ce n'est pas une horloge du portail, c'est le prix d'un choix. Rester à l'intérieur ne coûte rien et ne déclenche rien. Personne n'est jamais mort d'avoir eu une longue marche : on meurt d'avoir décidé de sortir.
Un rang S ne rallonge pas le retour — il rallonge la tentation. Un endroit de l'Envers où personne n'est jamais allé, à quelques centaines de mètres, et toujours les mêmes 1d6 minutes pour y aller et revenir.
À retenir pour la table : rester coûte zéro, sortir coûte 1d6.
Quatorze chasseurs français sont officiellement restés de l'autre côté. Trois sont revenus, dont un après onze jours, qui n'a jamais accepté d'être interrogé.
La nuance change tout, et elle répond à une question qui revient toujours : quel est le préjudice pour la société ? Il n'y en a pas, et c'est bien pour ça que ce n'est pas une infraction pénale.
Vous avez signé. Un chasseur licencié a accepté un ensemble d'obligations en échange de droits exorbitants — port d'armes de catégorie B de droit, irresponsabilité pénale en intervention déclarée, dérogations de circulation. Le franchissement de périmètre en fait partie, exactement comme un pilote de ligne accepte des règles qu'aucun citoyen ordinaire ne subit.
Donc pas de prison. Mais dix-huit mois de suspension de licence, contrat annulé, assurance nulle, et la mention au dossier. Pour un chasseur qui vit de ça, c'est pire qu'une amende.
Une personne non licenciée qui franchit un périmètre, elle, ne commet rien du tout. Elle n'a simplement aucun moyen légal d'entrer dans un portail.
Une Emprise est un périmètre borné : ce qui vit dedans meurt avec le Maître. L'Envers ouvert, non. La doctrine de l'AIC est qu'on ne ramène pas d'un milieu non confiné ce qu'aucun protocole ne connaît — spores, parasites, tissus.
Deux précédents servent de justification, sans même être liés aux portails : les alertes sanitaires du permafrost de 2017. Le monde a peur de ce que le dégel a libéré. Que ce soit fondé ou non, c'est sincère chez ceux qui appliquent la règle.
Une Percée illégale rapporte une chose et une seule : quelques centaines de mètres de relevé. Une photo de route, un relèvement pris sur les deux lunes, un profil de ruine, un croquis fait de mémoire dans la voiture. Ça n'a l'air de rien. Ça vaut plus qu'un gisement.
Parce que celui qui saura, le premier, à quoi ressemble l'Envers — où mènent les routes, ce qu'il y a au bout, comment les portails s'y répartissent — saura quelque chose que personne d'autre ne sait sur un monde qui déverse des créatures dans le nôtre chaque semaine. Trois pays financent officieusement des Percées. La France en fait partie. Aucun ne partage ses relevés.
Et non, l'État ne finance pas un délit — pas techniquement. L'argent ne va jamais vers une Percée sur le sol français : il part vers une guilde sous contrat de concession dans une zone grise, là où aucune loi française ne s'applique, où il n'y a ni registre ni obligation de déclarer, et où le relevé revient dans une valise. Sur le territoire, la Percée reste un délit et le restera. C'est tout l'intérêt des onze zones grises, et c'est pour ça qu'on écrit « officieusement ».
Regardez-la deux secondes de plus. Ce ne sont pas neuf morceaux d'un puzzle : ce sont neuf trous de serrure, percés au hasard dans une porte dont personne ne connaît la taille. Les traits pointillés sont des suppositions. L'échelle est une estimation. Le nord est une convention.
Et deux relevés, l'un français et l'un coréen, décrivent le même carrefour de deux façons incompatibles. L'AIC a tranché en publiant les deux.
Depuis 2019, chaque portail éteint est échantillonné : carottages du sol, pH, recherche de plomb, de métaux lourds, de pesticides, d'hydrocarbures. Dix mille prélèvements plus tard, le résultat est public, décevant et vertigineux.
C'est de la terre. Même composition minérale que le sol prélevé au même endroit de notre côté. Mêmes isotopes. Et — c'est le détail qui dérange — les mêmes polluants : plomb, hydrocarbures, résidus de pesticides, dans les proportions d'un sol européen d'aujourd'hui. L'Envers n'est pas un autre monde qui nous ressemble. C'est celui-ci, et il a mangé la même chose que nous.
Et la datation ne veut rien dire. Le bâti paraît vieux de deux à trois siècles. Les matières organiques prélevées, elles, ne donnent aucune date cohérente : deux échantillons du même mètre carré rendent des résultats qui s'excluent. Les laboratoires parlent de « contamination de l'échantillon ». Ils le disent depuis sept ans, sur des milliers d'échantillons, et personne n'a proposé mieux.
Tout ce qui est organique sort par un sas agréé, sous bordereau, au motif du risque de contamination. Aucune épidémie n'est jamais venue d'un portail — et pour cause, c'est la même biosphère. Mais le règlement a été écrit en 2017 par des gens qui l'ignoraient, il n'a jamais été abrogé, et il fait vivre trois cents personnes. Vous le croiserez à chaque sortie.
Rien ne traverse une Emprise. Ni la vue, ni la détection, ni la traque, ni un déplacement magique. Un sort de localisation s'arrête à l'enveloppe. Une téléportation ne vous en sort pas — et si elle vous déplace à l'intérieur, elle vous coûte quand même votre décompte de sortie.
C'est le principe qui ferme quatre questions d'un coup : on ne voit pas depuis dehors ce qui se passe dedans ; on ne peut pas suivre à distance une équipe entrée ; une description de l'Envers faite sans y être entré n'a aucune valeur ; et deux groupes ne se croisent que si les deux ont percé.
Ce qui traverse, en revanche, c'est vous et ce que vous portez. Le portail est une porte : on la franchit à pied, avec ce qu'on a dans les mains.
L'Éveil remodèle le corps chez près d'un Éveillé sur deux. Trois à dix semaines, douloureuses, irréversibles. Les corps convergent vers une douzaine de formes stables — les mêmes partout dans le monde.
MUE T-III (2021) sur la carte d'identité, exclusion des compétitions sportives, refus d'assurance-vie pour les types sylvestres depuis que trois d'entre eux ont cessé de vieillir.Oui, c'est le même geste. Deux différences : la Mue a dix ans et pas soixante, et elle ne touche que 0,03 % de l'humanité. Personne n'a eu le temps de construire une culture autour.
C'est la nuance que tout le monde rate, y compris la presse. Deux choses différentes ont été confondues pendant dix ans.
Le nombre d'Éveillés continue d'augmenter. Le mana n'a jamais cessé d'imprégner le monde — c'est mesurable, c'est même ce qui fait tourner les centrales — et chaque année, quelques dizaines de milliers de personnes s'éveillent quelque part. Lentement, sans vague spectaculaire, sans qu'on sache pourquoi elles et pas d'autres.
Mais un corps ne change qu'une fois. La Mue accompagne l'Éveil : elle survient dans les semaines qui suivent, elle dure trois à dix semaines, elle est douloureuse, et ensuite c'est fini. Définitivement. Un Éveillé resté strictement humain le restera. Un Sylvestre ne deviendra jamais autre chose. Il n'existe aucun cas documenté de Mue tardive chez quelqu'un dont l'Éveil est ancien.
| Année | Éveillés dans le monde | Nouveaux éveils | Part de Mués | Ce qu'on en disait |
|---|---|---|---|---|
| 2016 | 610 000 | — | 47 % | Un accident. On compte les morts, pas les corps changés. |
| 2018 | 1 240 000 | ≈ 315 000/an | 48 % | Création de l'AIC. Premier recensement. |
| 2020 | 1 570 000 | ≈ 165 000/an | 48 % | « Le phénomène se stabilise. » Il ralentit, il ne s'arrête pas. |
| 2022 | 1 810 000 | ≈ 120 000/an | 49 % | La proportion de Mués ne bouge plus. Personne ne l'explique. |
| 2024 | 2 000 000 | ≈ 95 000/an | 49 % | La mention sur la carte d'identité devient un sujet électoral. |
| 2026 | 2 140 000 | ≈ 70 000/an | 49 % | Un Éveillé sur deux est mué, et c'était déjà vrai en 2016. |
Lisez les deux dernières colonnes ensemble : la population grossit, la proportion ne bouge pas. C'est la signature d'un phénomène qui recrute de nouvelles personnes, et non d'un phénomène qui continue de transformer les anciennes.
Il arrive — quelques cas par an dans le monde, jamais plus — qu'un Éveillé s'éveille une seconde fois. Le mana afflue à nouveau, et cette fois le corps peut suivre : un homme resté humain pendant huit ans peut muer à quarante ans, sans que rien l'ait annoncé.
C'est ce que le public appelle la Seconde Mue, et c'est un abus de langage : ce n'est pas la Mue qui recommence, c'est l'Éveil. La Mue n'est que la conséquence visible, et elle ne survient même pas toujours.
Pour vous, à la table : votre personnage a mué à son Éveil, ou pas du tout. Un T-0 « non mué » n'attend pas son tour : il n'en aura pas. Sauf s'il fait partie des trois ou quatre personnes par an à qui le monde entier s'intéresse pendant une semaine.
C'est le fait le plus important du monde, et le plus mal digéré. Le mana d'un Éveillé est fixé à son Éveil. Il ne s'entraîne pas, il n'augmente pas, il ne se transmet pas. Deux millions de sujets, dix ans de données : la puissance brute ne bouge pas.
Mais la compétence, elle, progresse — un peu. Un chasseur qui travaille dix ans son arme, sa technique, sa condition et sa lecture du terrain finit par valoir un niveau ou deux de plus qu'à ses débuts. C'est réel, c'est mesurable, et c'est un niveau, pas un rang. Dans de rares cas ce niveau supplémentaire franchit une frontière de classement et le chasseur est reclassé d'un cran — une fois, au terme d'une carrière entière, jamais deux. C'est le plafond d'une vie, pas une progression.
Ce n'est pas du mana en plus : c'est du métier. Et c'est régulièrement confondu, dans la presse comme dans les cafés, avec un second Éveil — parce que de l'extérieur, un homme qui devient nettement meilleur et un homme qui s'éveille une seconde fois se ressemblent beaucoup.
Conséquence : le rang n'est pas une performance, c'est une caste avec un demi-échelon de jeu. Les guildes ne forment pas vraiment — elles achètent, et elles entretiennent.
La question revient toujours, et la réponse est nette. Un commando non éveillé peut être meilleur qu'un rang E : mieux entraîné, mieux équipé, mieux coordonné, et plus nombreux. Ce qu'il n'a pas, c'est le mana — donc ses balles et ses lames subissent l'Insensibilité, et ses cibles pas les siennes.
Au niveau 3, il gagne. Au niveau 6, il perd du terrain. Au niveau 10, il ne fait plus rien du tout, quelle que soit sa compétence. C'est pour ça que le GIPE — Groupe d'Intervention Portails et Éveillés, l'unité de police spécialisée — est composé d'Éveillés : l'État a essayé l'autre solution, et l'a payée cher.
Vous, en tant que joueurs, êtes des chasseurs particuliers : vous progressez. Pas symboliquement, pas « en expérience » — vous gagnez des PX — points d'expérience —, vous montez de niveau, vous devenez mesurablement plus forts de séance en séance.
Êtes-vous les seuls au monde ? Vous n'en savez rien, et vous n'aurez jamais les moyens de le vérifier. Ce qui est établi, c'est que la très grande majorité des Éveillés — peut-être la totalité — ne progresse pas, à l'exception des rarissimes Secondes Mues. Le rival de la première séance sera aussi fort à la vingtième. Le rang D qui vous a doublés sur un contrat sera encore rang D dans dix ans, avec la même arme et les mêmes limites.
Vos personnages, eux, ne le savent pas. Au début du premier module, ils sont convaincus qu'ils resteront rang F toute leur vie. Ce n'est pas de la modestie : c'est la règle du monde, apprise comme tout le monde, vérifiée sur deux millions de cas. On ne se lève pas le matin avec beaucoup d'entrain quand on sait que son plafond est déjà atteint et qu'on est tout en bas. Jouez cette résignation. Elle rend la suite bien meilleure.
Le jour où ils comprendront, trois conséquences leur tomberont dessus d'un coup :
Pourquoi vous, et pas les deux millions d'autres ? Vous ne le savez pas. Vous ne le saurez pas avant longtemps.
La question tombe toujours : pourquoi faire ce métier, si on ne progresse pas et qu'un tiers des chasseurs gagne moins que le salaire médian ? Réponse : la plupart des Éveillés ne le font pas. Sur environ vingt mille Éveillés français, onze mille ont une licence, et quatre mille seulement en vivent. Les autres l'ont dans un tiroir, font deux portails par an quand le loyer serre, et sont infirmiers, informaticiens ou boulangers le reste du temps.
Ceux qui en vivent y sont pour trois raisons, et rarement pour l'argent moyen :
Et vous êtes dans le premier cas comme dans le troisième : vous en vivez, mal, et vous vous accrochez.
Un rang E qui déclare tout gagne moins qu'un militaire du rang, lequel est logé, nourri, et triple sa solde en opération sans jamais descendre dans un portail. C'est un fait, tout le monde dans le métier le sait, et c'est le troisième sujet de conversation après le Reflet et les centrales.
Alors comment vivent ceux qui vivent de ce métier ? De ce qu'ils ne déclarent pas.
| Circuit | ANP | Répartiteur | Charges | Reste au chasseur |
|---|---|---|---|---|
| Déclaré | − 20 % | − 15 % | − 34 % | ≈ 45 % |
| Gris (pierres non déclarées, revente au comptoir) | 0 | − 15 % | 0 | ≈ 85 % |
Le rapport est de un à deux. Un rang E qui déclare tout survit ; un rang E qui déclare la moitié vit comme un cadre — avec un risque pénal permanent, 15 000 € d'amende et la suspension au bout.
Ce sera votre première vraie décision de groupe, dès le premier contrat, et elle reviendra à chaque fois. Ce n'est pas une question morale : c'est une question de loyer.
| Échelon | Ce qu'il fait |
|---|---|
| AIC — Genève Association Internationale des Chasseurs | Registre mondial, échelle des rangs, arbitrage entre États. Un pouvoir de classement énorme, aucun pouvoir de police. |
| AEP — Strasbourg Agence Européenne des Portails | Mutualise les rangs A et S entre les Vingt-Sept : un rang S allemand est réquisitionnable au Portugal en six heures. |
| ANP — Paris Agence Nationale des Portails | Détecte, classe, fixe les délais, délivre les licences, et prélève 20 % de tout butin déclaré. |
Une guilde est classée au rang de ses meilleurs éléments. Geumgang S (Corée) · Kurogane S (Japon) · Atlas Corp S (USA) · Sirius A (Allemagne) · Roland A et Sentinelle A (France) · Meridiem B (Marseille) · Vestale B (Nantes, les guérisseurs) · Argos C (Paris 19e) — celle-là aimerait beaucoup vous recruter.
Et sa rivale, que vous croiserez avant elle : Fauconnier C (Paris 18e). Même rang, même répartiteur, même vivier. Les deux se détestent pour des raisons qui datent de 2021 et que personne ne raconte de la même façon. Elles ne se battent pas : elles se prennent des contrats, des recrues et des comptoirs de rachat. Un indépendant qui travaille pour l'une devient très vite infréquentable pour l'autre.
63 % des chasseurs licenciés. Le circuit est toujours le même : l'ANP publie un portail, les guildes prennent les rangs C et au-dessus, et le reste part aux répartiteurs — des courtiers qui composent une équipe par téléphone et prennent 15 %.
| Ce que ça coûte | Ce que ça donne |
|---|---|
| Aucune assurance décès (mutuelle chasseur : 410 €/mois) | 80 % du butin après taxe et commission, contre 40 à 60 % en guilde |
| Aucun guérisseur attitré | Vous choisissez vos portails |
| Votre matériel, vos munitions, vos réparations | Vous ne déclarez que ce que vous voulez |
| Statut d'auto-entrepreneur, URSSAF, comptable | Pas de clause d'exclusivité de trois ans |
| Ce que l'État donne | Ce que l'État prend |
|---|---|
| Port d'armes catégorie B de droit | Déclaration de domicile, de rang, d'employeur |
| Dérogations de circulation | Réévaluation médicale annuelle |
| Irresponsabilité pénale en intervention déclarée | Réquisition en cas de Rupture |
| Régime fiscal spécifique sur les pierres | Interdiction d'exercer dans la presse, la magistrature, l'armée |
Pour les chasseurs qui posent problème, l'État a trois réponses, dans l'ordre : acheter (un contrat de guilde avec exclusivité de trois ans), isoler (retrait de licence, gel des comptes), envoyer quelqu'un — le GIPE, ou une guilde sous contrat d'État. C'est arrivé quatre fois en France, sans aucun communiqué.
Ce que le monde vous fait, à mesure que vous montez.
| Niveau | Rang | Comment on vous traite | Ce qui devient dangereux |
|---|---|---|---|
| 1 | F | Personne ne vous connaît. Un intérimaire avec une licence dangereuse. | Tout. |
| 2-3 | E | Le répartiteur connaît votre prénom. | Le mois où l'équipe boit trois potions. |
| 4-5 | D | Première offre de guilde. Un journaliste local. | Signer sans lire. |
| 6-8 | C | On vous reconnaît. L'ANP ouvre un dossier. | Le dossier. |
| 9-12 | B | Notoriété nationale. Le GIPE vous a fichés. | Vos proches. On ne peut plus vous atteindre, alors on vise à côté. |
| 13-16 | A | Actif national, réquisitionnable, escorte imposée. | De dire non. Refuser devient politique. |
| 17-20 | S | Sept personnes en France. Déplacement à l'étranger via le Quai d'Orsay. | D'exister. |
Une Rupture laisse des corps dans la rue, et il faut bien que quelqu'un les enlève. Ce quelqu'un a un nom ancien et un camion blanc : l'équarrisseur. C'est la deuxième industrie du monde d'après, et personne n'en parle jamais.
Le cristal est de l'énergie. Résidu de la Pierre-cœur, dense, pur : c'est lui qui a évincé le gaz, et il ne se ramasse que dans une Emprise.
La dépouille est de la matière. Un corps de monstre contient du mana, mais diffus et médiocre : on en tire de l'énergie comme on tire du carburant de la graisse de friture — ça marche, ça ne fait pas une industrie. Sa valeur est dans le corps lui-même : cuir, os, corne, croc, glande, organe.
Autrement dit : brûler une dépouille pour son mana, c'est brûler un meuble pour se chauffer. Tout le métier consiste à trier avant que ça pourrisse, et le tri dure trois heures.
La dépouille appartient au titulaire du marché public d'enlèvement, pas à celui qui a tué. C'est écrit en petit dans votre contrat de mission, article 9. Le chasseur qui repart avec la griffe du Drake vole l'équarrisseur, et tout le monde le sait : eux, vous, la préfecture.
Le rapport de force ne passe donc jamais par le droit. Il passe par une question qu'on vous posera un jour, très calmement, sur un parking : est-ce que vous comptez retravailler dans ce département ?
Une guilde n'est pas classée sur sa réputation : elle est classée sur le rang de portail que l'ANP l'autorise à traiter. Et ce classement se calcule, avec une arithmétique que tout le milieu connaît par cœur.
Chaque chasseur sous contrat apporte des points, et le facteur est dix à chaque cran :
E = 1 · D = 10 · C = 100 · B = 1 000 · A = 10 000 · S = 100 000
Le rang F ne compte pas : il n'est pas assurable en équipe. Et seuls les chasseurs sous contrat pèsent — un indépendant qui travaille souvent pour une maison ne lui rapporte pas un point. C'est la première raison pour laquelle les guildes salarient.
| Classement | Poids requis | Plancher |
|---|---|---|
| E | 10 | 3 chasseurs |
| D | 100 | — |
| C | 1 000 | — |
| B | 10 000 | — |
| A | 150 000 | 1 rang S et 5 rangs A |
| S | 370 000 | 3 rangs S et 7 rangs A |
Jusqu'au rang B, une guilde est une addition. À partir du rang A, c'est une exception. Un portail de rang A a un Maître de rang S, et on ne remplace pas un rang S par dix rangs A dans un couloir. Le poids mesure le volume de travail qu'une maison encaisse ; le plancher mesure le pic qu'elle peut affronter.
Dix chasseurs de rang A qui fondent leur maison pèsent 100 000 points et n'ont aucun rang S : ils sont classés B. Individuellement l'élite du pays, administrativement une maison de second rang. Il en existe deux comme ça en Europe, et ni l'une ni l'autre ne le vit bien.
C'est une chaîne d'extraction, et l'argent ne vient pas des primes. Il vient des cristaux.
| Le poste | Qui | Ce que ça représente |
|---|---|---|
| Les chasseurs | Sous contrat, licenciés, comptés au poids. | Ils ouvrent et ils tiennent. Ils ne ramassent pas. |
| Les mineurs | Des Éveillés de rang F et E qui n'ont jamais voulu se battre. Il faut l'être : personne d'autre ne tient la Pression de mana. | Le vrai métier de masse du monde d'après. Une dizaine de mineurs pour un chasseur. |
| Le reste | Logistique, assurance, paie, relations préfecture, et depuis peu un référent équarrissage. | La moitié de l'effectif d'une maison de rang C n'entre jamais dans un portail. |
La très grande majorité des Éveillés ne sont pas des chasseurs : ce sont des mineurs. Salaire fixe, équipe de six, une descente par semaine, et une reconnaissance sociale nulle. Ils ne sont pas des héros ratés — ils sont la classe ouvrière d'une industrie extractive, et ils le disent eux-mêmes en ces termes.
Si votre groupe monte un jour sa propre structure, la première personne que vous embaucherez ne sera pas un chasseur. Ce sera un mineur.
Le collectif déclaré, tout de suite. Une association, trois personnes, deux cents euros, une après-midi. Aucun rang, aucun contrat au-dessus du rang E, mais une licence mutualisée, un local et un compte commun — et donc la possibilité de négocier à plusieurs au lieu de vendre sa journée un par un.
La guilde de rang E, beaucoup plus tard. Trois chasseurs, dix points de poids, une équipe de mineurs, un plafond d'assurance et de la trésorerie : de l'ordre de cinquante à quatre-vingt mille euros. Personne ne les a en sortant de l'école.
Vous êtes un groupe indépendants qui négocient un cachet de 900 €. Tout ce qui suit décide de ce chiffre.
Aucun conflit ouvert entre deux puissances dotées de portails depuis 2019. Trois raisons, aucune morale :
Résultat : une trêve froide, sans traité et sans affection.
Le cours se traite à Séoul et à Chicago, en continu. Une rumeur de portail rang S fait bouger le prix de l'électricité européenne dans la journée. Votre part de butin est indexée dessus sans que vous ayez votre mot à dire.
Naturalisations expresses, primes à huit chiffres, clauses de non-départ, rachats de contrat entre guildes. On achète des personnes, légalement, et la presse appelle ça un transfert.
Un État ne peut pas attaquer un État. Une guilde « en assistance technique » sur un portail étranger, si. Trois interventions de ce type ont été requalifiées après coup par l'AIC. Aucune n'a été sanctionnée.
Ce n'est pas un marché — de la cartographie ne rapporte rien. C'est du renseignement pur, financé à fonds perdus par cinq pays, sur l'hypothèse qu'il y aurait des gisements de l'autre côté. Personne ne partage rien, et tout le monde ment ouvertement.
Dans ces onze régions, les guildes opèrent sous contrat de concession : elles nettoient, et elles gardent tout. Aucune taxe, aucun registre, aucun plafond de rang, aucune obligation d'évacuer qui que ce soit.
Trois des grandes guildes mondiales en tirent plus de la moitié de leurs revenus. C'est la ligne du métier dont on ne parle pas, et c'est la première chose qu'un recruteur évitera de mentionner.
La zone la plus intégrée du monde, et la seule où un chasseur peut être réquisitionné hors de son pays. L'AEP mutualise les rangs A et S entre les Vingt-Sept, ce qui a résolu un problème et en a créé un autre : un rang S allemand envoyé au Portugal est un actif allemand qui manque en Allemagne, et Berlin le fait savoir à chaque fois.
L'Europe est dense mais mal répartie : la France, l'Allemagne et l'Italie du Nord concentrent les portails ; la Scandinavie et l'Irlande en ont très peu et achètent leur sécurité. Le mana couvre 11 % de l'électricité européenne, ce qui a fait de l'Union un exportateur net d'énergie pour la première fois de son histoire — et a détruit une bonne partie de son industrie gazière.
Nationalisation dès 2017. La Russie n'a jamais eu de guilde privée, jamais eu d'indépendant, jamais eu de licence individuelle. Tous les Éveillés sont versés dans un corps à statut militaire, avec grade, solde, casernement et obligation de service. Ce n'est pas un métier : c'est une conscription.
Elle vend de l'électricité. Elle ne vend jamais de chasseurs. Pas un seul contrat de mutualisation, pas une seule assistance technique à l'étranger, en dix ans. C'est la ligne la plus constante de sa politique, et elle n'a jamais varié quel que soit le prix offert.
Et elle assume de laisser rompre les portails en zone vide. Un rang C qui s'ouvre à six cents kilomètres de la première ville n'est pas traité : il est observé, mesuré, et on note ce qui en sort. Officiellement, c'est une allocation rationnelle des moyens. Officieusement, c'est le plus grand programme d'observation de Ruptures au monde, et personne d'autre n'a ces données.
On n'y entre pas légalement. On y entre invité. Un chasseur étranger n'obtient pas de visa de travail : il obtient une invitation, nominative, révocable, et il est accompagné en permanence. Trois Européens ont eu ce privilège. Aucun n'a raconté ce qu'il a vu.
Quarante millions d'habitants vivent dans des régions que des États ont renoncé à défendre. Six sont assez étendues pour figurer sur une carte : le Sahel, la Corne de l'Afrique, l'Amazonie occidentale, l'Asie centrale, le Nord-Est indien et Mindanao.
Le blocage international n'est pas ce qu'on croit. Ce n'est pas que personne n'y va — les guildes y sont, et elles y gagnent très bien leur vie. C'est qu'aucun État n'y engage de moyens publics. Ce qui s'y fait, s'y fait sous concession privée, sans registre, sans taxe, et sans la moindre obligation d'évacuer qui que ce soit.
C'est aussi par là que passe l'argent des Percées officieuses. Hors juridiction, il n'y a pas de délit.
| Coopération réelle | Blocage total |
|---|---|
| Le classement unique F→S, appliqué partout sans discussion | Le partage des pierres : aucun mécanisme, aucun quota, aucune discussion |
| L'alerte : tout portail A ou S déclaré à l'AIC dans l'heure | Le partage des relevés de l'Envers : chacun garde les siens |
| La mutualisation européenne des rangs A et S | La régulation des guildes : bloquée par Washington depuis 2019 |
| Les protocoles d'entrée, d'origine japonaise, universellement adoptés | Les zones grises : aucun État n'y engage de moyens publics. Ce qui s'y fait, s'y fait sous concession privée |
Quatre sujets, et ils reviennent à chaque élection :
Le cours de Séoul décide de votre part de butin ce mois-ci. Une guilde allemande peut se voir attribuer un portail parisien sous mutualisation européenne, et vous n'aurez rien à dire. Le jour où le mot « Percée » apparaîtrait dans votre dossier ANP, il vous fermerait la France — plus de contrats publics, plus de mutualisation, une surveillance — et vous en ouvrirait trois autres, parce qu'une guilde sous concession recrute en priorité ceux qui ont déjà été de l'autre côté. C'est la seule compétence qui ne s'enseigne pas.
Et méfiez-vous d'une idée fausse : la licence est nationale, mais le registre est mondial. Une Percée commise là où elle n'est pas répréhensible n'entraîne aucune poursuite — mais la mention remonte à l'AIC, et de l'AIC à l'ANP. Le dossier suit la licence, pas le territoire.
Vous ne faites pas de politique. La politique, elle, vous a déjà classés.
Jusqu'au rang B, une licence est un papier professionnel. Au-dessus, c'est autre chose, et le code des assurances le dit sans le dire.
Au-dessus du rang B, la licence est nationale et non transférable. Un chasseur de rang A ne peut exercer à l'étranger que sous autorisation d'État à État. Il déclare ses déplacements. Il ne s'expatrie pas librement. Rien de tout cela n'est présenté comme une contrainte militaire : c'est un régime d'assurance et de coopération internationale, et c'est écrit dans un décret que personne ne lit.
La raison est simple, et elle n'a rien à voir avec la puissance. Un chasseur de rang A est un civil, donc il n'engage pas l'État ; il voyage avec un passeport et un sac, donc il ne laisse pas de trace logistique ; et il est déjà payé par quelqu'un d'autre. Ce n'est pas un meilleur soldat. C'est un soldat qu'on peut désavouer.
Conséquence de ton, et elle explique beaucoup de choses : quelqu'un qui a atteint ce rang a passé dix ans à comprendre qu'il appartient à quelqu'un. C'est pour ça que les rangs A ne sont jamais des gens sympathiques.
Vingt pages, dix-neuf États signataires, et personne ne le cite jamais. Il interdit d'entrer dans un portail situé sur le territoire d'un autre État pour en précipiter la Rupture. C'est-à-dire : il interdit de faire la guerre par portail.
Mais ce n'est pas le traité qui retient les États. C'est qu'on a observé, sans jamais le démontrer, que là où on a percé, il est revenu des portails plus forts. Provoquer une Rupture chez le voisin, c'est peut-être en acheter une chez soi dix-huit mois plus tard, et aucun état-major ne veut signer ça. Ce qui empêche la guerre par portail n'est pas le droit : c'est une superstition que personne n'a réussi à réfuter.
Le protocole s'applique aux territoires nationaux et aux eaux territoriales. Les zones grises ne sont couvertes par personne. Le traité n'a pas interdit la guerre par portail — il lui a assigné un lieu.
Le pays était déjà fermé ; depuis 2016 il l'est doublement. Personne ne sait combien de portails s'y ouvrent, combien de Ruptures y ont eu lieu, ni ce qu'on y fait des Éveillés. Aucune donnée n'est partagée, aucun satellite ne voit à travers un toit, et les rares images thermiques publiées par les Américains ne prouvent rien.
Ce que tout le monde suppose sans pouvoir le dire : un État qui contrôle ses Éveillés dès l'Éveil, qui ne les licencie pas mais les incorpore, et qui n'a aucune raison de respecter quoi que ce soit. Si un régime a produit un rang S et l'a caché, c'est celui-là.
Les seuls qui prétendent savoir sont les services de renseignement. Un service qui prétend savoir n'est pas une source : c'est quelqu'un qui veut quelque chose de vous.
Deux revenus se cumulent : le cachet de mission, fixe, négocié avant d'entrer, et la part du butin, variable, qui dépend de ce qu'on ramène et de ce qu'on déclare. Conversion à garder en tête : 1 pièce d'or ≈ 50 €.
| Rang | Cachet par portail | Mensuel indépendant | Mensuel en guilde |
|---|---|---|---|
| F | 150 – 400 € | 1 200 – 2 200 € | 1 900 € fixe |
| E | 800 – 2 000 € | 3 000 – 8 000 € | 3 200 € + primes |
| D | 4 000 – 9 000 € | 12 – 25 k€ | 8 000 € + primes |
| C | 20 – 50 k€ | 60 – 150 k€ | 25 k€ + intéressement |
| B | 150 – 400 k€ | rare | 90 k€ + intéressement |
| A | 1 – 3 M€ | n'existe pas | négocié, publié dans la presse |
Il n'y a pas de « mois type ». Il y a une fourchette, et elle dépend d'une seule variable : est-ce que quelqu'un a été blessé.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Cachets (4 portails) | + 3 600 € |
| Part des pierres, après taxe et commission | + 4 420 € |
| Cotisations, URSSAF, impôts (≈ 34 %) | − 2 727 € |
| Mutuelle chasseur | − 410 € |
| Consommables, réparation | − 700 € |
| Une potion de soin consommée | − 2 500 € |
| Net | 1 683 € |
| Selon les blessures du mois | Bon mois | Mois médian | Mauvais mois |
|---|---|---|---|
| Potions consommées | aucune | − 1 250 € | − 2 500 € |
| Net | 4 183 € | 2 933 € | 1 683 € |
Trois potions dans le mois, et il travaille à perte. Et ces chiffres sont ceux du circuit déclaré. Relisez le § 05, Le métier : le circuit gris rend presque le double.
| Objet | Prix | Note |
|---|---|---|
| Potion de soin (2d4+2) | 2 500 € | Le poste de dépense n° 1 d'une équipe |
| Potion de soin supérieure (4d4+4) | 12 000 € | Sur ordonnance de guilde. Un indépendant n'y a pas accès au prix affiché — au marché gris, comptez 25 000 € et un délit |
| Potion de soin suprême (8d4+8) | 25 000 € | Marché libre. Une seule action pour tout boire : dans un combat de trois tours, c'est ça qu'on paie |
| Antitoxine · Stimulant | 900 € · 1 800 € | Avantage contre le poison / aux jets de Force, 1 h |
| Régénérant | 5 000 € | Efface une Cicatrice |
| Rappel | 20 000 € | Rend un emplacement de technique de palier 1 à 3 |
| Combinaison de chasse légère (cuir clouté) | 2 000 € | Fibre para-aramide |
| Combinaison renforcée (demi-plate) | 35 000 € | Plaques céramo-mana, entretien mensuel |
| Kit de portail (48 h) | 300 € | Eau, rations, lampe à combustion, bâtons chimiques, carnet, garrot |
| Arme d'artefact +1 | 60 000 € | Enregistrée à l'ANP, revente tracée |
| Munitions au mana | 400 € / cartouche | Vente réglementée, 50 par mois et par chasseur, périmées en 72 h |
| Lampe à manchon | 900 € | Une écaille de pierre chauffe un manchon de céramique jusqu'à l'incandescence : de la lumière sans un ampère. Douze heures, et elle chauffe la main |
| Réchaud à pierre | 150 € | De la chaleur directe. Compte plus qu'on ne croit sur une expédition longue |
| Test de reclassement ANP | 2 000 € | Six semaines d'attente |
C'est une industrie pharmaceutique cotée en bourse, qui synthétise des extraits de créatures de portail. Deux règles qui changent tout : boire est une action (faire boire un allié inconscient aussi), et ça ne marche que sur les Éveillés. Le métabolisme d'un civil ne fixe pas le principe actif — c'est ce qui rend les Ruptures si meurtrières, et ce qui vous interdira de sauver la vieille dame du troisième avec une fiole à 2 500 €.
Le niveau est ce que vaut votre personnage. Le rang est ce que la société croit qu'il vaut. Ce sont deux choses différentes, et l'écart entre les deux est le moteur de cette campagne.
| Rang | Niveaux | Ce que c'est | En France |
|---|---|---|---|
| F | 1 | À peine plus solide qu'un civil entraîné | ~4 200 |
| E | 2-3 | Chasseur opérationnel. Le vrai début du métier | ~3 500 |
| D | 4-5 | Professionnel confirmé, recruté en guilde | ~2 000 |
| C | 6-8 | Cadre. Une balle de 9 mm ne le tue plus de façon fiable | ~900 |
| B | 9-12 | Élite régionale. Gagne plus qu'un chirurgien | ~280 |
| A | 13-16 | Tient un quartier à lui seul. Actif national | ~40 |
| S | 17-20 | Se compte en unités militaires | 7 |
| NAT | 21+ | Rang National. Hors catégorie : une capacité, plus une personne | 1 |
Si le rang d'un portail dépasse votre rang officiel de deux crans ou plus : à la fin de chaque heure passée dedans, sauvegarde de Constitution DD 13 — DD, degré de difficulté : le score à atteindre sur le dé — ou un niveau d'épuisement. Le DD monte de 2 par heure supplémentaire.
C'est ce qui structure la campagne : pour aller plus haut, il faut d'abord se faire reclasser.
Rappel du § 04, L'Éveil : vous progressez, et presque personne d'autre. Tout ce qui suit en découle.
Dans un monde où personne ne progresse, le classement est censé être définitif. Il n'est révisé que sur demande — 2 000 € et six semaines — et ce guichet n'existe que pour attraper les rarissimes seconds Éveils.
Un rang E qui se bat comme un rang D, c'est une anomalie. Deux, c'est une coïncidence. Cinq dans la même équipe, c'est un dossier à l'Agence et un article dans Le Monde. Le groupe devra décider, à chaque contrat, ce qu'il déclare.
2016 n'a répondu à aucune question. Il en a posé une énorme, et dix ans plus tard il y a autant de réponses que de gens.
Prudence et lenteur. Il a fallu quatre ans pour qu'un texte reconnaisse explicitement les Éveillés et les Mués comme pleinement humains — ce qui a dû être dit, puisque c'était discuté. Sur les portails eux-mêmes : rien. Aucune institution sérieuse ne s'avance.
La Mue a produit des elfes et des nains ; il était inévitable que des mouvements en concluent que les mythes disaient vrai. Chapitres ásatrú qui recrutent chez les Sylvestres, cercles druidiques, reconstitutions helléniques. Très visibles, très moqués, et incapables d'expliquer un seul portail.
Des petits groupes qui se rassemblent sur le site d'une faille refermée. Ils prient quelque chose qu'ils ne savent pas nommer et n'essaient pas. Une dizaine de collectifs en Île-de-France, surveillés de loin, plus tristes qu'inquiétants.
La ligne officielle de l'ANP et de l'AIC : phénomène naturel, aucune intention derrière. C'est la position majoritaire chez les chasseurs eux-mêmes — surtout chez ceux qui descendent souvent.
C'est le mouvement qui compte vraiment, et il n'a pas de centre. On appelle Exaltés tous ceux — chapelles dissidentes, néo-églises fondées après 2016, communautés charismatiques, prédicateurs indépendants — qui ont fait le raisonnement inverse de tout le monde : si le mana est arrivé, c'est que nous avions raison.
Chacun l'interprète dans sa propre langue. Pour les uns, l'Éveil est un don ; pour les autres, une épreuve ; pour d'autres encore, le début d'une fin annoncée depuis longtemps. Ils ne s'accordent sur rien, sauf sur un point : ce qui est arrivé au monde est une confirmation, pas une énigme.
Il ne soigne pas mieux. Sa liturgie ne change ni le dé, ni le palier, ni la portée. Un Guérisseur exalté et une ex-infirmière athée lancent exactement la même technique, avec exactement la même caractéristique.
Ce que la foi change, c'est à qui il accepte de le faire, et à quelles conditions. C'est amplement suffisant pour peser sur une scène.
Le mana est la source, toujours. Un Guérisseur soigne pour la même raison qu'un Élémentaliste brûle. Ce que la 5e appelle un « domaine » est ici une affinité — Vie, Lumière, Tempête, Tombe — c'est-à-dire la couleur que prend votre mana, pas le nom de votre employeur.
L'interprétation vous appartient. Votre Guérisseur peut sincèrement croire qu'il canalise une grâce ; sa collègue peut être une ex-infirmière parfaitement athée que le vocabulaire religieux agace. Les deux lancent le même sort avec la même caractéristique. Ce que le personnage croit ne change jamais ce que fait le dé.
Le Serment d'un Rempart se prête à l'ANP, à sa guilde, à une personne ou à lui-même. Il tire sa force du fait d'être tenu, pas de son destinataire. Un Rempart qui trahit son Serment perd ses pouvoirs.
Tout chasseur se fait demander, tôt ou tard, par un journaliste, un beau-frère ou un civil au bord d'un cordon : « et vous, vous croyez que c'est quoi ? ». Ayez une réponse. Ce n'est pas obligatoire, mais c'est une des meilleures lignes de personnage que vous puissiez écrire.
Le journal complet — une ligne par modification depuis la v1.0 — est à la fin du guide du chasseur. Si vous avez une version précédente ouverte quelque part, fermez-la : on ne joue pas avec deux versions différentes autour de la table.